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Retour sur le Marathon classique d’Athènes

Devenir marathonien… le graal pour tout coureur ? Au delà d’une simple course qui s’additionne aux précédentes, les 42,195km de cette épreuve reine de la course à pied représentaient pour moi une étape clé à franchir un jour, un objectif que je souhaitais atteindre depuis déjà quelques années maintenant. Après plusieurs dizaines de courses à mon actif et des années de pratique, j’ai pu constater l’étonnement de certaines personnes, surprises d’apprendre que je n’avais encore jamais couru cette distance mythique ! Et pour cause… bien consciente du fait que courir un marathon ne se prenait pas à la légère, j’ai toujours voulu attendre «d’être prête» (bien que l’on puisse avoir l’impression de ne jamais l’être totalement finalement), préférant renforcer et habituer mon corps à l’effort de manière constante en accumulant les expériences en compétition. 

J’avais pour ambition initiale de participer à mon premier marathon l’année dernière à l’occasion du Run In Lyon. Malheureusement, j’ai dû changer mes plans suite à ma fracture de fatigue survenue quelques mois plus tôt. Déstabilisée par cette blessure et par les propos du premier médecin du sport que j’avais consulté à cette période, j’en étais venue à remettre en cause mes ambitions et ma capacité à pouvoir un jour devenir marathonienne. Malgré les avis divergents, j’ai repris la route des entraînements cette année en enchaînant les épreuves en compétition, et ce, pour mon plus grand plaisir ! J’ai non seulement retrouvé mon niveau initiale mais j’ai même continué à progresser en sachant m’entourer de coureurs passionnés qui m’ont clairement tiré vers le haut et que je ne remercierais jamais assez (vous vous reconnaîtrez 😉 ).

Programmer à nouveau un marathon dans mon planning ? C’était une évidence ! Mais pourquoi ne pas participer à une course emblématique pour cette première histoire de marquer le coup ? C’est lors d’une discussion autour d’un verre un soir de printemps, que l’idée a émergé : et si nous courions là où tout a commencé, là où l’histoire du Marathon a débuté ?  L’objectif était fixé : rendez-vous le 12 novembre 2017 en Grèce sur les traces du parcours historique de la discipline (plus de détails concernant mes objectifs et ma prépa-marathon ici).

 Mes impressions pré-marathon

« Sur les traces du parcours originel… »

Samedi 11 novembre : Jour férié mais loin d’être chômé puisque mon premier avion décolle aux aurores. Après un petit détour par Francfort, c’est en début d’après-midi que j’arrive dans la capitale grecque, accompagnée de Jérémy qui court aussi le marathon le lendemain. Nous partons directement chercher nos dossards en périphérie d’Athènes et malgré le nombre de futurs marathoniens présents au sein du village dédié à l’événement, j’ai toujours du mal à réaliser que je vais participer à mon premier marathon moins de 24h plus tard.

«Est-ce que tu te sens prête ?» Cette question m’a été posée plusieurs fois les derniers jours précédents la course et à chaque fois j’ai été bien incapable d’y répondre : j’ai continué de m’entraîner à mon rythme habituel sans vraiment suivre une prépa poussée avant le jour J. D’un côté je me sens prête à affronter ces 42km mais je me lance tout de même dans l’inconnu puisque c’est une distance que je n’ai jamais couru auparavant… difficile de savoir comment je vais pouvoir gérer cette course. Vais-je connaître le fameux mur dont j’entends si souvent parler ? Quelles sont les émotions qui vont me guider vers la ligne d’arrivée ? Autant de questions qui resteront sans réponses avant le moment fatidique.

Dimanche 12 novembre : Le bruit du réveil me tire de mon sommeil à 4h45 (une heure de moins en France). La fatigue est bien présente, je regrette à ce moment là d’avoir fait le trajet la veille, la journée précédente n’ayant pas été très reposante ! Toute l’équipe est sur le qui-vive : les 4 marathoniens (Lilie, Teddy, Fafa et Jérémy) et les 2 novices (JB et moi) nous préparons en vitesse avant de prendre le taxi puis ensuite entrer dans l’un des bus affrétés spécialement pour l’événement. La route paraît longue jusqu’à la ville de Marathon… et dire qu’il va falloir courir en sens inverse quelques heures plus tard, mine de rien ça en fait du chemin ! C’est sous les couleurs d’un ciel chatoyant à l’aube que nous arrivons sur les terres où la bataille entre les Grecs et les Perses avait fait rage il y a de cela 2500 ans et qui donna naissance à cette épreuve sportive mythique.

 Mes impressions sur le départ

« Si tu veux courir, cours un kilomètre. Si tu veux changer ta vie, cours un marathon. Emil Zatopek »

Il suffit de jeter un coup d’œil aux dossards pour comprendre que nous ne sommes pas les seuls à avoir franchi les frontières pour l’occasion. Malgré nos différences culturelles, nous sommes tous réuni autour d’un même objectif : nous élancer sur les traces du tout premier marathon de l’histoire, l’authentique, et c’est aussi ça la magie du sport ! Tout est bien organisé. Des camions numérotés sont là pour que nous puissions déposer nos sacs, les enfants bénévoles sont adorables et leurs sourires font plaisir à voir : on ressent beaucoup d’énergie positive à Marathon ! Personnellement je suis vraiment heureuse d’être ici, d’être enfin sur le point de réaliser un challenge qui me tenait à cœur depuis longtemps. Je suis détendue, je suis bien entourée et en plus la météo est parfaite contrairement aux prévisions annoncées dans la semaine, que demander de mieux ? Croiser un breton peut-être ! J’étais persuadée que j’allais en rencontrer lors de l’événement et ce fût le cas puisque j’ai croisé un coureur avec un magnifique T-shirt doté d’hermines avec qui j’ai échangé quelques mots, au grand dam de mes acolytes qui ne comprennent pas toujours l’engouement qui nous lie au sujet de notre région d’origine 😀

Tour à tour nous rejoignons nos SAS de départ. Je n’ai pas vraiment compris comment les coureurs avaient été dispatchés selon les catégories… quoiqu’il en soit je rejoins le SAS rouge, seule, puisque nous avons tous été dispatchés et qu’un changement de SAS peut être disqualifiant. Je trouve ça dommage de ne pas pouvoir passer les 20 minutes d’attente avant le lancement de la course avec le reste de l’équipe mais j’ai la chance d’avoir pu rencontrer 2 français, un professeur et son fils vivant à Athènes, qui m’ont donné quelques conseils judicieux concernant la course puisqu’il s’agissait de leur 3ème participation respective.

Tout à coup, les murmures de la foule s’arrêtent, la mine des coureurs se fait plus sérieuse. Une voix entonne au micro le serment olympique, écrit initialement par Pierre de Coubertin et ce, en grec et en anglais. Voyant les bras levés et les mains des coureurs légèrement fermées, je ne comprends pas tout de suite de quoi il s’agit mais le moment est clairement solennel. Petit à petit, les élites prennent le départ puis les SAS situés avant le mien. À 9h06 le coup de pistolet retentit : c’est à mon tour de m’élancer sur l’une des courses qui marquera d’une pierre blanche l’une des étapes les plus importantes de ma vie de sportive.

♦ La course

« Ne pense pas aux limites. Usain Bolt  »

Quelle allure devrais-je avoir ? Si je cours trop vite dès le début cela me portera-t-il préjudice ? Sincèrement les premières centaines de mètres ont été une succession de questions concernant ma gestion de l’effort. Mon objectif initial ? Terminer la course sans trop la subir et basta ! Je ne m’étais même pas fixée d’allure-cible puisque le parcours est loin d’être plat et que ma cadence allait forcément varier. Je décide de courir à une allure qui me convient et où je me sens bien : aux alentours des 5:05 – 5:10 min/km. Je ne sais pas si je tiendrai cette allure longtemps mais ça vaut le coup d’essayer tant qu’il n’y a pas de difficultés majeurs sur le parcours. Nous suivons précisément le tracé qu’avaient effectué les marathoniens aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004 : sur la boucle de 2km ajoutée au parcours historique qui faisait environ 40km, nous croisons les coureurs précédents. J’interpelle alors JB qui galope a une belle allure et je tente de me concentrer au maximum. Dès les premiers kilomètres, des spectateurs sont présents pour nous donner des rameaux d’olivier, symbole de paix et de victoire. Les gens sont venus en nombre nous encourager, ça motive ! Je conserve mon allure mais je n’ai pas de bonnes sensations : je sens que les jambes sont lourdes, la faute au manque de sommeil la semaine précédent le jour J. À peine 10km de parcourus et je suis déjà plus limitée physiquement qu’à la normale, ça promet 🙂

Après un début de course où le parcours était relativement plat, les montées et faux-plats commencent à se succéder à partir 8ème et ce, jusqu’au 16ème km. Mon allure est plutôt convenable, je fais les 10 premiers kilomètres en 51:19min. N’allez pas faire le Marathon d’Athènes si vous souhaitez en prendre plein les yeux côté paysages… il n’y aura pas grand chose d’exceptionnel à voir. En revanche, si vous avez besoin d’encouragements le public grec est là pour vous ! Moi qui adore taper dans les mains des bambins, j’ai été servie. C’est d’ailleurs en passant dans une petite ville et en voyant la ferveur des spectateurs que j’ai vraiment réalisé ce pourquoi j’étais là : des courses, j’en ai couru un certain nombre et hormis la joie et la fierté qui peuvent en découler, je n’avais jusqu’alors jamais ressenti ces émotions qui vous laissent la gorge nouée, qui vous submergent sans que vous ne réussissiez à les contrôler. C’est au 17ème kilomètre que ces sensations m’ont prises par surprise, lorsque j’ai visualisé tout le chemin que j’avais fait depuis mes premières foulées en tant que coureuse : j’étais, à quelques heures près, sur le point de devenir marathonienne.

« On ne peut éviter d’avoir mal. Il dépend de soi de souffrir ou non. Haruki Murakami »

Après une jolie descente qui me permettra de lâcher les chevaux quelques instants et de soulager mes jambes anormalement fatiguées vient l’heure d’amorcer la partie la plus difficile de la course entre le 18ème et le 31ème km : ça grimpe doucement mais sûrement ! Nous avons droit à une succession de montées, de côtes et de faux-plats en tout genre. Pour le coup, la pratique du trail et de la randonnée m’aura bien aidé. En effet, j’ai doublé pas mal de concurrents dans les montées, notamment ceux qui marchaient déjà. Cette partie de la course m’a parue interminable par moments… j’avais vraiment l’impression de ne pas avancer mais dans tous les cas il était hors de question que je marche. Heureusement les encouragements des spectateurs étaient là pour me distraire mais aussi les tenues de certains participants : j’aurais tout de même vu des coureurs courir en toge, des super-héros ainsi que deux personnes courir pieds nus et pour ça, il doit en falloir du courage !

Moi qui ne mange jamais en courant et bois très peu, je me suis souvent ravitaillée contrairement à mes habitudes. Ne me sentant pas spécialement au top de mes capacités physiques lors de ce marathon (note à moi-même : bien se reposer la semaine d’avant-course la prochaine fois…), je me suis dis que les gels, boissons énergisantes et autres barres de céréales allaient me redonner de l’énergie : grossière erreur ! Mis à part des désagréments intestinaux, chose qui ne m’étais jamais arrivé en courant auparavant, je n’ai pas senti de différence. Désormais je le saurais…


«  Le meilleur reste à venir. »

La côte du 30ème : je l’avais repéré en bus le matin lorsque nous allions à Marathon. Située sous un pont où le son d’une fanfare raisonne à tue-tête, je vois de nombreuses personnes marcher au loin. Savoir qu’il ne me reste «que» 12km me met du baume au cœur, je sais qu’ensuite le parcours sera beaucoup plus plat voir même en pente descendante. Arrivée en haut de la côte, je reconnais de dos une silhouette qui m’est familière : un drapeau bleu-blanc-rouge, un strap à l’épaule, une allure confiante… ça ne serait pas Marine Leleu  par hasard ? Si si c’est bien elle et sur le moment je rêverais de pouvoir la rattraper et de courir avec la même aisance !

Un peu plus loin je distingue une autre silhouette que je connais bien : Fafa, victime de crampes, s’est arrêté sur le côté. Surprise de le voir je me rends compte que Teddy, parti dans le SAS après le mien, ne m’a toujours pas dépassé alors que j’étais persuadée qu’il le ferait. Sujet aux crampes lui aussi, j’espère qu’il n’est pas dans la souffrance à son tour. Me concernant j’ai repris du poil de la bête après la partie vallonnée de la course. Mes petits soucis de digestion et mes pieds douloureux ne m’empêcheront pas de donner le meilleur de moi-même ! Pas de mur à déclarer, les 10 derniers kilomètres passent relativement vite. Je jette un coup d’œil à ma montre : je sais que je vais pouvoir terminer ce marathon en moins de 4h ce qui me booste encore plus pour accélérer jusqu’à la ligne d’arrivée. 3km avant la fin c’est Jérémy que je retrouve arrêté à mon grand étonnement. Il se sent mal mais il réussit tout de même à s’accrocher à mon rythme pour terminer la course.

La fin approche, la foule de spectateurs est de plus en plus dense mais c’est surtout Alex, notre supportrice de choc que j’ai en ligne de mire quand je la vois nous encourager 2km avant la ligne d’arrivée 🙂 Je me rends compte de tous les kilomètres avalés et au final, je suis dans une telle euphorie intérieure que je pourrais courir 10km de plus dans le même état si on me le demandait ! Le Stade Panathénaïque se dresse devant nous, l’arrivée est impressionnante et c’est avec beaucoup d’émotion que j’arrive à pousser un petit sprint jusqu’à l’arche d’arrivée, des étoiles pleins les yeux en 3:52:59

♦ Mon bilan

« NENIKEKAMEN »

Moi qui avait tellement peur de ne rien ressentir à la fin de mon premier marathon… comment ne pas être émue en voyant cette foule de spectateurs nous acclamer au sein du Stade où eurent lieu les premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne ?? Je ne trouve plus Jérémy après avoir franchi l’arche. J’avance doucement, les jambes légèrement flageolantes. Je l’ai fait, je les ai parcourus ces 42,195km et ces 350m de D+… la médaille qu’on me porte au cou en est la preuve. J’entends au loin quelqu’un crier mon prénom, JB est arrivé depuis un moment. « C’est bien Juju, tu es marathonienne ! » Je me dirige vers lui et pour la première fois depuis mes débuts en course à pied, je verse des larmes de joie, heureuse d’avoir pu vivre cette course mythique et de la terminer dans ce cadre exceptionnel.

Classement final : 2724 / 14740
Classement femme : 213 / 2915
Classement femmes de moins de 34 ans : 90 / 953

Je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont encouragé, qui ont suivi mon épopée. Vous étiez nombreux et ça m’a vraiment fait chaud au cœur, MERCI !

♦ Mes prochains défis sportifs

Avant de repartir sur les chapeaux de roue en 2018, je m’alignerai peut-être sur la ligne de départ des foulées de l’île Barlet le 10 décembre, course à laquelle j’avais déjà participé il y a 2 ans (retrouvé mon compte-rendu ici). Je commence doucement à préparer le planning des courses auxquelles j’aimerais participer l’année prochaine et une chose est sûre : je vais continuer sur ma lancée donc restez connectés 😉

Justine

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4 Comments

  • Reply
    Margaux Lifestyle
    24 novembre 2017 at 10 h 06 min

    Un grand bravo à toi !!! Un premier marathon, c’est toujours beaucoup d’émotions !!! Et celui d’Athènes, clairement je rêve de le faire !!! Place à la récupération maintenant !
    Pour les personnes pieds nus, tu as sûrement du croiser un de mes amis qui courrait pour l’Institut Marie Curie (tee-shirt orange)….

  • Reply
    Stéphane
    24 novembre 2017 at 15 h 09 min

    Bravo pour cette course, et ce récit ! 😉

  • Reply
    Olivia
    24 novembre 2017 at 20 h 09 min

    Ça avait l’air d’être une expérience de fou ! En tout cas, bravo pour l’avoir fait ! Je suis très admirative 😉

  • Reply
    Mathrayrunning
    27 novembre 2017 at 12 h 38 min

    Bravo ! J’ai adoré ton récit et clairement, ce marathon donne envie.

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